Exposition en cours

Métamorphoses inverses

Quatre fleurs, quatre danses

Photographies d'Émile·Dessins de Julie
Textes de Céleste et Émile

Chez Ovide, ce sont les corps qui se font plantes : Daphné devient laurier, Narcisse, penché sur son reflet, devient fleur. Ici, le mouvement s'inverse. Quatre fleurs photographiées au Jardin botanique, à cette saison où les pétales commencent à se froisser, ont été confiées au crayon de Julie, qui a cherché la danseuse qui dormait dedans. Rien n'y est tout à fait inventé : chaque bras, chaque jupe, chaque ruban vient d'un pétale, d'une étamine, d'une fleur fanée. La visite va de la solitude vers la foule — une étoile, une orante, trois confidentes, puis toute une ville qui danse.

Salle I

L'Étoile au cœur noir

Rudbeckia, vraisemblablement — fin de saison

Photographie en noir et blanc de rudbeckies aux pétales usés, tachés et recroquevillés, autour d'un cône sombre.
Photographie — Émile
Dessin au graphite : la fleur centrale devenue ballerine sur pointe, le cône noir en corsage, les pétales en tutu, deux pétales flétris devenus bras.
Dessin — Julie
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Dans la photographie, la fleur a déjà vécu : pétales piqués, pointes roussies, l'un d'eux s'enroule sur lui-même comme un papier brûlé. Julie n'a rien caché de cette usure — elle l'a chorégraphiée. Le cône sombre est devenu corsage, les pétales une jupe qui garde ses accrocs, et les deux pétales recroquevillés se sont faits bras, mains repliées dans un port de bras d'une grande douceur.

Autour, rien n'a bougé : mêmes voisines, même cadrage, mêmes feuilles. Une seule fleur s'est levée pour danser, pendant que les autres font salle comble.

En français, la fleur et la ballerine partagent le même titre : étoile.

Salle II

L'Orante

Hosta — une hampe en fin de floraison

Photographie couleur d'une hampe d'hosta : boutons lilas en haut, fleur blanche ouverte au centre, fleurs fanées brunies en bas.
Photographie — Émile
Dessin sépia : une figure voilée, bras ouverts paumes offertes, dont la robe est faite des pétales de l'hosta et la traîne des fleurs fanées.
Dessin — Julie
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Une hampe d'hosta se lit de haut en bas comme une vie entière : les boutons encore clos, teintés de lilas ; la fleur ouverte, au présent ; puis celles d'hier, déjà couleur de parchemin. Julie a gardé les trois âges. La corolle s'est faite voile, les pétales une robe aux plis de cathédrale, les étamines de petites agrafes dorées à la taille — et les fleurs fanées, plutôt que d'être effacées, composent la traîne.

Les bras ouverts hésitent entre deux langages : la seconde position du ballet, ou le geste de l'orante des premières fresques chrétiennes, paumes tournées vers le ciel. Le dessin ne tranche pas, et c'est peut-être là sa grâce.

Une fleur d'hosta ne dure souvent qu'un jour ou deux. Celle-ci danse son unique ballet.

Salle III

Les Confidentes

Hosta — cloches pendantes dans la lumière rasante

Photographie couleur d'une grappe de fleurs d'hosta en clochettes pendantes, étamines recourbées, fleurs fanées à gauche.
Photographie — Émile
Dessin sépia : trois jeunes femmes nées des clochettes d'hosta, deux front contre front, la troisième s'élançant, main tendue.
Dessin — Julie
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Même plante, autre hampe, saisie de profil. Les cloches pendantes se sont redressées en trois jeunes femmes : deux, front contre front, échangent un secret ; la troisième s'élance déjà, la main tendue vers le vide, comme si la confidence l'avait mise en mouvement. Les longues étamines recourbées, presque invisibles sur la photographie, traînent désormais sous les robes comme des rubans de chausson dénoués.

À gauche, les fleurs fanées restent fanées : Julie ne les a pas fait danser, mais elle ne les a pas chassées du cadre. En haut, les boutons attendent, pas encore entrés dans le récit.

Il y a, dans tout corps de ballet, celles qui ont dansé, celles qui dansent, et celles qui attendent leur tour.

Salle IV

La Grande Farandole

Un massif d'hostas — des centaines de hampes

Photographie couleur d'un vaste massif d'hostas en fleurs blanches, longé par une corde, un promeneur au fond de l'allée.
Photographie — Émile
Dessin sépia : sous des arbres en fleurs, une foule de fillettes vêtues de pétales blancs dansent main dans la main sur une avenue pavée, applaudies depuis les trottoirs et les balcons.
Dessin — Julie
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Plus de fleur seule, cette fois : un massif entier, des centaines de hampes alignées comme un public, une corde qui tient les visiteurs à distance, un promeneur en chemise verte au bout de l'allée, des arbres qui ferment la vue. Julie a gardé le cadrage vertical et la profondeur de l'allée, mais elle a changé d'échelle — et de latitude. Les hampes sont devenues des fillettes vêtues de pétales qui dévalent une avenue pavée en se tenant par la main ; la corde s'est faite guirlande tendue d'un trottoir à l'autre ; le promeneur solitaire s'est multiplié en spectateurs aux balcons.

Et le blanc des hostas a pris de la hauteur : il fleurit désormais dans les arbres, dont la ramure étoilée couvre toute la moitié haute du dessin. Au fond, une fontaine et des clochers baroques donnent à la scène quelque chose de plus méridional que la rue Sherbrooke ; la lumière tombe en taches sur les pavés, comme elle filtrait entre les arbres du Jardin. C'est la seule salle où l'on entend rire.

La farandole, danse en chaîne où l'on ne lâche jamais la main de sa voisine — il fallait bien finir ainsi.