Salle I
L'Étoile au cœur noir
Rudbeckia, vraisemblablement — fin de saison
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Dans la photographie, la fleur a déjà vécu : pétales piqués, pointes roussies, l'un d'eux s'enroule sur lui-même comme un papier brûlé. Julie n'a rien caché de cette usure — elle l'a chorégraphiée. Le cône sombre est devenu corsage, les pétales une jupe qui garde ses accrocs, et les deux pétales recroquevillés se sont faits bras, mains repliées dans un port de bras d'une grande douceur.
Autour, rien n'a bougé : mêmes voisines, même cadrage, mêmes feuilles. Une seule fleur s'est levée pour danser, pendant que les autres font salle comble.
En français, la fleur et la ballerine partagent le même titre : étoile.
Salle II
L'Orante
Hosta — une hampe en fin de floraison
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Une hampe d'hosta se lit de haut en bas comme une vie entière : les boutons encore clos, teintés de lilas ; la fleur ouverte, au présent ; puis celles d'hier, déjà couleur de parchemin. Julie a gardé les trois âges. La corolle s'est faite voile, les pétales une robe aux plis de cathédrale, les étamines de petites agrafes dorées à la taille — et les fleurs fanées, plutôt que d'être effacées, composent la traîne.
Les bras ouverts hésitent entre deux langages : la seconde position du ballet, ou le geste de l'orante des premières fresques chrétiennes, paumes tournées vers le ciel. Le dessin ne tranche pas, et c'est peut-être là sa grâce.
Une fleur d'hosta ne dure souvent qu'un jour ou deux. Celle-ci danse son unique ballet.
Salle III
Les Confidentes
Hosta — cloches pendantes dans la lumière rasante
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Même plante, autre hampe, saisie de profil. Les cloches pendantes se sont redressées en trois jeunes femmes : deux, front contre front, échangent un secret ; la troisième s'élance déjà, la main tendue vers le vide, comme si la confidence l'avait mise en mouvement. Les longues étamines recourbées, presque invisibles sur la photographie, traînent désormais sous les robes comme des rubans de chausson dénoués.
À gauche, les fleurs fanées restent fanées : Julie ne les a pas fait danser, mais elle ne les a pas chassées du cadre. En haut, les boutons attendent, pas encore entrés dans le récit.
Il y a, dans tout corps de ballet, celles qui ont dansé, celles qui dansent, et celles qui attendent leur tour.
Salle IV
La Grande Farandole
Un massif d'hostas — des centaines de hampes
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Plus de fleur seule, cette fois : un massif entier, des centaines de hampes alignées comme un public, une corde qui tient les visiteurs à distance, un promeneur en chemise verte au bout de l'allée, des arbres qui ferment la vue. Julie a gardé le cadrage vertical et la profondeur de l'allée, mais elle a changé d'échelle — et de latitude. Les hampes sont devenues des fillettes vêtues de pétales qui dévalent une avenue pavée en se tenant par la main ; la corde s'est faite guirlande tendue d'un trottoir à l'autre ; le promeneur solitaire s'est multiplié en spectateurs aux balcons.
Et le blanc des hostas a pris de la hauteur : il fleurit désormais dans les arbres, dont la ramure étoilée couvre toute la moitié haute du dessin. Au fond, une fontaine et des clochers baroques donnent à la scène quelque chose de plus méridional que la rue Sherbrooke ; la lumière tombe en taches sur les pavés, comme elle filtrait entre les arbres du Jardin. C'est la seule salle où l'on entend rire.
La farandole, danse en chaîne où l'on ne lâche jamais la main de sa voisine — il fallait bien finir ainsi.